Des interdictions de manifester en Côte d´Ivoire

Lors du Journal Télévisé de 20 heures de la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne du vendredi 15 février, le journaliste David Mobio a lu un communiqué émanant du Ministre d ‘Etat, Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité portant interdiction de trois manifestations prévues pour le samedi 16 février 2013 et sur le même site afin de faire respecter l’arrêté du Maire de la commune de Yopougon qui les interdisait.
Les 3 manifestations concernées étaient:
1. le rassemblement des démobilisés ayant appartenu à des forces belligérantes pendant la crise postélectorale pour interpeller le Gouvernement sur leur situation socio professionnelle;
2. un meeting de la Jeunesse du Front Populaire Ivoirien ( JFPI) pour réclamer la libération de M. Laurent Gbagbo et
3. un regroupement de parents des victimes de la cris postélectorale pour réclamer justice en rappelant à la mémoire collective le sort injustement subi par leurs parents défunts.
Selon la Mairie de Yopougon, les raisons qui justifient l´interdiction desdites manifestations sur le même espace sont:
– les risques de graves débordements avec morts d´hommes comme ce fut le cas le 06 avril 2012 à la Place FICGAYO dans la même commune;
– les réactions hostiles d´une importante frange de la population relayées par la presse;
– le contexte préélectoral de grande sensibilité à quelques semaines du scrutin des Conseillers Régionaux et Municipaux.

Le communiqué termine en ces termes  » le Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité en appelle au sens civique des initiateurs de ces manifestations pour s’en tenir scrupuleusement au respect de la décision du Maire de Yopougon bien conforme à la réglementation en vigueur relative au maintien de l’ordre et de la tranquillité publics ».
Suite à cette mesure d´interdiction, les avis sont diversement partagés sur cette décision de la mairie de Yopougon, entérinée par le Ministère de tutelle chargé du maintien de l´ordre public, les uns parlent de déni de la liberté de manifester dans un état démocratique quand d´autres soutiennent la décision de la tutelle d´éviter des risques graves de débordements.
Je me ferai l´économie de plancher sur le bien-fondé de l´objet des manifestations qui voulaient être organisées à la Place CP1; cependant je m´appesantirai sur le rôle de la municipalité dans la gestion des évènements sur les espaces publics des collectivités.
S´il est juste que la Mairie veuille bien éviter des risques graves de débordements, il n´en demeure pas que des trois organisations demanderesses du sésame d´organiser une manifestation, il y a une qui a vu ses droits de s´exprimer bafoués. En effet, l´organisation d´une manifestation publique dans une commune fait l´objet d´une procédure auprès de la municipalité.
S´il est vrai que les trois organisateurs ont correctement suivi la procédure pour une demande d´autorisation de manifester, le bon sens aurait voulu que l´autorisation soit accordée au premier demandeur en appliquant le « first-come, first -served » comme le disent si bien les Anglais et le faire savoir aux autres organisateurs; de sorte qu´ils puissent prendre leur disposition afin de trouver un autre espace à même d´accueillir leur manifestation ou trouver une autre date qui leur conviendrait au cas où ils voudraient le même espace. Au lieu de cela, le Ministère de l´Intérieur a suivi la Mairie de Yopougon d´interdire la manifestation aux trois organisations suscitées.
Le Ministère de l´Intérieur en interdisant la manifestation aux trois organisateurs a refusé la liberté de manifester à l´une des trois organisations qui était dans son plein droit alors que les deux autres organisations auraient dû voir leur demande refusée pour la date du 16 février.
Toute mairie disposant d´un registre où sont mentionnées toutes les demandes de manifester dans l´ordre chronologique avec numéro d´enregistrement, date et heure de réception etc…
À partir du moment où une organisation reçoit une autorisation de manifester, il lui appartient de respecter la règle des 3 C dans un État: Citoyenneté- Civisme et Civilité. Il en est de même pour l´Autorité Policière qui tous pris dans leur individualités sont des citoyens et/ou résidents.
Ce n´est qu´ainsi que l´État démocratique que nous appelons de tous nos vœux sera une réalité pour Toutes et pour Tous.