Vous avez dit Au nom de l´honneur…..?

Il y a quelques jours, j´ai suivi avec beaucoup d´intérêt des échanges entre abonnés twitter sur la suspension de la diffusion de la série « Au nom de l´honneur » des antennes de la RTI (Radiodiffusion Télévision Ivoirienne) qui est une chaîne publique.  Certains y voyaient la main de « talibans » instaurant « un pays islamique » en Côte d´Ivoire quand  d´autres défendaient « la laïcité » dans notre pays.

N´ayant pas vu le film, je me suis rabattu sur trois billets qui en parlaient pour être situé et pouvoir donner ma position.

Deux billets sont de deux écrivaines ivoiriennes : Fatou Kéita (sur le blog de Ghislaine Atta, journaliste Web à Fraternité Matin quotidien Ivoirien d´informations), Yehni Djidji (qui est également bloggueuse et a bien d´autres cordes à son arc) et le troisième est de Hadj D.F extrait du site de Radio Al Bayane (Radio Islamique de Côte d´Ivoire)

Loin de moi, l´idée d´être l´avocat défenseur  de la communauté qui a réussi à faire censurer cette série des chaînes d´une télévision publique. Comme le dit le texte publié sur le site de la Radio Al Bayanne, « …c´est le triomphe de la sagesse. Le contexte socio politique actuel de la Côte d´Ivoire, sa configuration multiculturelle exigent une hauteur de vue dans le traitement de certains sujets aussi sensibles…. de l´ordre du religieux. Il n´y a donc pas de gâteau à partager, de victoire à fêter, le bons sens a simplement prévalu » et termine en ses termes « Au nom de l’honneur, le tout était de préserver notre héritage commun de foi, de moralité et de paix. C’est toute la Côte d’Ivoire qui gagne, sans déshonneur ».

Autrement dit, la communauté ayant demandé le retrait de cette série a voulu préserver son héritage commun de foi, de moralité et de paix. Car les médias constituent un canal très délicat qu´il faut gérer avec beaucoup de tact et de parcimonie. À ce sujet, je n´ai pas de leçons à donner aux Ivoiriens qui en avons fait une amère expérience tout récemment ainsi que les effets collatéraux qui en ont découlé.

Du zapping….

Fatou Kéita termine sa réflexion en disant que si le téléspectateur n´est pas content du programme  il pourrait zapper (changer de chaîne) et au pire des cas éteindre son téléviseur et faire autre chose. J´aurais été d´accord avec l´aînée Fatou Kéita s´il s´agissât de chaînes privées. Mais hélas, la RTI 1ere chaîne, est un établissement  public créé le 26 octobre 1962 par  l´Assemblée Nationale de Côte d´Ivoire et qui a commencé à émettre à partir du 07 août 1963. Sa mission était « d´informer, éduquer et distraire le public ». Bien que son statut juridique ait changé entre temps, la RTI est actuellement un EPN (Etablissement Public National). Jusqu´à preuve du contraire, la Première chaîne de la RTI est toujours Publique. Pour ceux qui en doutent encore, ils pourront consulter les attributions et les missions de la RTI sur www.rti.ci ou sur le site du ministère de la communication (ministère de tutelle).

De notre constitution…

Et à cet effet, le caractère public de la RTI donne le droit à tout citoyen de revendiquer l´application in-té-gra-le de ses attributions et missions en accord également avec  la constitution ivoirienne adoptée en juillet 2000 par le Peuple Souverain de Côte d´Ivoire qui :

– oblige les autorités publiques à l´obligation d´assurer le respect, la protection et la promotion des droits inaliénables à la vie, à la liberté, à l´épanouissement de leur personnalité et au respect de leur dignité (cf. article 2)

– interdit la torture morale (cf. article 1)

– oblige l´État à assurer la protection de la famille qui constitue la cellule de base de la société (cf. article 5)

– oblige l´État au devoir de sauvegarder et de promouvoir les valeurs nationales de civilisation ainsi que les traditions culturelles non contraires à la loi et aux bonnes mœurs (cf. article 7),

– oblige l´État et les Collectivités publiques à veiller au développement de la jeunesse. (cf. article 8)

–  garantit la liberté de pensée et d´expression (liberté de conscience, religieuse ou philosophique) sous réserve du respect de la loi, des droits d´autrui… (cf. article 9),

– garantit à chacun le droit d´exprimer et de diffuser librement ses idées (cf. art.10).

Car comme le disait  le sportif anglais Doug Larson « l´erreur est humaine, admettre la sienne est surhumain ». Que la RTI accepte le retrait de la série « Au nom de l´honneur » de sa grille des programmes est un fait à saluer et à encourager.

Certes,  l´article 127 de la Constitution stipule que  la forme républicaine et la laïcité de l´État ne peuvent faire l´objet d´une révision, mais cela ne signifie nullement donner un blanc-seing à l´Autorité Publique ou au secteur Privé pour faire de nous ce qu´ils veulent.

C´est également le lieu d´interpeller ceux qui pensent à une quelconque victoire de talibans, de musulmans ou d´extrémistes de l´islam de ne pas dévoyer la requête de la communauté plaignante. À cet effet, j´ai beaucoup apprécié avec un brin de sourire les interrogations de Yehni Djidji qui se demandait comment  faire une demande pour annuler d´un programme à RTI ? J´imagine qu´elle doit avoir une liste assez longue. Je suis persuadé que nombreux sont les ivoiriens qui aimeraient voir disparaître de la grille des programmes de nos chaînes publiques des films, séries, émissions etc.… En outre, elle ébauche d´ailleurs des programmes susceptibles d´être supprimés et s´interroge sur la possibilité de l´étendre à d´autres médias. Tous ceux qui pensent ainsi n´ont pas tort parce que  nombreux sont ceux qui paient la redevance et veulent des productions qui les agréent.

Nous, citoyens de Côte d´Ivoire, n´allons pas être les éternels assistés de notre État à qui nous demandons tout. L´État mettra toujours à notre disposition ce qu´il pense être bon pour nous. Mais il nous appartient à nous en tant que « citoyen participant » de déterminer ce qui convient à notre société et demander de faire des rectifications qui aillent dans le sens du bonheur partagé. Car ce sont les citoyens qui constituent l´état et SA participation est attendue dans les orientations et les décisions du pays.

Lors de sa rentrée parlementaire, le nouveau président de l´Assemblée Nationale a dit qu´il avait décidé de désobéir à l´exécutif et que le Parlement de cette présente législature ne serait pas une caisse d´enregistrement des lois du Gouvernement.

L´effort de la communauté musulmane, qui a compris ce message, est à saluer et à encourager afin d´avoir une société active et participative efficiente. Mais cela dans le strict respect de notre constitution que nous avons adoptée et des lois qui régissent de notre nation.

Pour conclure….

Aujourd´hui, c´est la RTI, demain ce pourra être la presse privée avec les images dégradantes (photos de filles nues, accidents, blessures etc.…) qu´elles nous montrent quotidiennement  à leur Une et cela constitue une torture morale pour nous en flagrante violation de l´article 3 de notre Constitution. C´est également toutes ces entreprises de services (publiques ou privées) qui abusent de nous à longueur de journée. Nous payons avec des espèces sonnantes et trébuchantes, et en retour nous recevons un service de piètre qualité (des amis de twitter avec qui j´ai échangés sur le sujet s´y reconnaîtront et sauront de quoi je parle) sans broncher. Si nous pouvons dire quelque chose, c´est juste des débats de salon, ou virtuels (sur les réseaux sociaux) en attendant que l´État ne vienne résoudre nos problèmes.

Voudrions-nous continuez d´être ses « enfants gâtés » que l´État –Providence assiste de façon ubuesque ou voulons-nous enfin être des adultes engagés et conscients de leurs droits et devoirs  qui voudront défendre ce qui nous convient? Si la réponse est la seconde option, dans ce cas, nous devrons faire notre aggiornamento afin de nous adapter aux différentes transformations systémiques qui s´opèrent autour de nous. Cette première étape passe par connaître d´abord notre Constitution. Tout autre débat, sans aucun fondement préétabli et/ ou établi, ne fera que nous enfoncer dans le bourbier de notre imaginaire source de notre sous-développement.